VDt Afgh.jpg (6949 octets)    Vincent DUDANT journaliste-reporter free lance

 

 

Pays baltes :

UN MARIAGE DE RAISON

L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont candidats à une adhésionTallin_garde.jpg (9819 octets) rapide à l’Union européenne et à l’Otan. Pourtant leurs cœurs balancent : fallait-il quitter une Union, pour en intégrer une autre ? Aiguillonnés par leur peur de la Russie, ces pays, dans leur marche vers la Communauté, ne rencontrent pas de gros problèmes. Mais quelle vision ont-ils de l'Europe future ?                                                   La vieille ville de Tallin    

                                                                                                                        

Avec ses bâtiments restaurés, ses nombreux clochers, ses façades baroques, la ville de Riga (806.000 habitants), la capitale de la Lettonie, ne manque pas de charme. Il fait Riga_1_copie.jpg (31598 octets)bon d’y flâner et de se perdre dans les ruelles de la vieille ville. L’atmosphère est principalement germanique. On pourrait se croire dans les rues de Lübeck ou de Brême, tant le passé des chevaliers teutoniques et des " barons baltes " a marqué le pays. Les armoiries de la ville arborent d’ailleurs les clefs de la ville de Brême.

Retrouver son identité

Le visiteur occidental a peine à croire que voilà seulement 10 ans , il était ici en Union soviétique. Les rues, bordées de belles vitrines, sont propres et les grosses berlines nombreuses. On est à des années lumière du climat de Minsk, Kiev, voire Bucarest. Rien dans ce qui est apparent ne rappelle cinquante ans d’occupation. Si ce n’est le musée de " l’occupation ", situé dans un immeuble hideux, qui veut surtout témoigner de la manière dont les communistes russes ont tenté de détruire l’identité lettonne, tout comme ils l’ont fait à l’encontre des Lituaniens et des Estoniens. A Riga, à partir de 1945, les bâtiments les plus prestigieux ont systématiquement été " raplatis " ! " Il faut éradiquer la culture bourgeoise ", clamaient, à l’époque, les communistes. Depuis 1990, beaucoup de ces splendides demeures ont été reconstruites à l’identique. Voilà pourquoi les symboles nationaux sont partout présents dans les pays baltes. Tous ont leur oiseau national, leur fleur nationale, leur insecte, leur arbre et bien sûr leurs couleurs. En Estonie, le noir, le bleu et le blanc sont omniprésents. Voilà seulement 15 ans, le simple fait de porter une cravate avec ces trois couleurs, par exemple, était puni d’emprisonnement !

Sur le plan économique, à lire les bilans lettons, on serait tenté de devenir euphorique : croissance de 5,4% en 2000 ; taux de chômage de seulement 7,8% ; salaire moyen mensuel de 247 $ etc. Les pays baltes ne sont pas modestes sur ce qu’ils estiment être leurs succès économiques. Officiellement tout va très bien, d’autant qu’ils leur faut aussi séduire les instances européennes pour gagner le plus vite possible leur ticket d’adhésion à l’Union et de préférence avant les deux autres. Les trois pays baltes vivent une situation de concurrence vive. Ojars Kalnins, le directeur de l’Institut letton nous le disait : " nous sommes très différents les uns des autres et nous pensons être meilleurs que les autres. "

Une réalité moins gaie

Vaira est infirmière à l’hôpital principal de Riga. Elle gagne 100 $ par mois ! Loin du prétendu salaire moyen mensuel. Andris, son mari, gagne, lui, 95 $ comme instituteur. Comme le couple a deux jeunes enfants, il leur est devenu impossible de vivre en ville avec un revenu global de moins de 200 $. Il leur en faudrait le double   pour survivre, le triple pour être un peu à l’aise! Voilà pourquoi, Vaira et AndrisRiga_jfcopie.jpg (33696 octets) déménagent, à l’instar de beaucoup de leurs concitoyens, ils quittent Riga pour s’installer à la campagne. Ils ont là une cabane en bois, ce qui est courant chez les Baltes, ruraux par excellence. Ils vont la remettre en état ; se chaufferont avec le bois qu’il suffit de ramasser; se laveront à l’eau de pluie ; se nourriront de leurs choux et de leurs pommes de terre. Ils acquerront aussi un cochon et deux poules.

Vaira et Andris sont unanimes : la vie était plus facile du temps de l’URSS. Malgré cela personne ne regrette cette époque, à l’exception de quelques vieux nostalgiques qui arborent encore des portraits de Staline. " Aujourd’hui, disent Vaira et Andris, notre vie nous appartient. Cela vaut quelques sacrifices, non ! "

Entre cœur et raison

Pour Andris et Vaira, l’adhésion de la Lettonie à l’Union européenne n’est pas une grosse préoccupation. Certes ils espèrent une amélioration de leur condition de vie mais ils craignent d’abord une augmentation des prix. Beaucoup de leurs amis se demandent si après avoir dépendu de Moscou, ils vont maintenant devoir dépendre de Bruxelles, alors qu’ils viennent juste de retrouver leur souveraineté ! " A quoi bon dit un ancien ministre letton, s’être libéré d’une Union pour en retrouver une autre ? "

" La population lettonne, nous confie un représentant de la Commission européenne qui préfère ne pas être cité, n’est pas encore très sensibilisée et consciente de ce que l’Union européenne peut offrir. L’adhésion à l’Otan est beaucoup plus simple pour eux. Ils ont peur des Russes, alors ils veulent l’Otan. Mais si on leur dit :  écoutez l’Union européenne donne une garantie de sécurité plus généralisée, et non pas seulement militaire parce que vous êtes intégrés dans la grande famille européenne, c’est plus complexe à expliquer. Je pense que les autorités de ces pays devraient faire plus d’efforts pour convaincre leur population. "

RIGA3copie.jpg (30144 octets)" En réalité, nous confie un haut responsable de la Commission européenne chargé de l’élargissement (qui préfère aussi garder l’anonymat), les Baltes demandent un ancrage politique à l’Ouest qui ne soit pas trop contraignant. Cela aurait pu se faire avec les Etats Unis. Mais les Américains ne paient pas et n’aident pas non plus à remettre les choses en place. En 1989, les Américains ont dit aux Européens : " c’est votre zone, faites le nécessaire ". Il n’y avait pas d’autres solutions que de les accepter. Puis, nous avons une dette morale envers eux : nous les avons abandonnés à plusieurs reprises ! "

Les sentiments européens de la population dépendent souvent de l’engagement de leur dirigeant. Ainsi Lennart Meri, le président estonien, intellectuel dissident qui a connu la déportation du temps de l’URSS, veut arrimer coûte que coûte son pays à l’Union le plus rapidement possible : " j’enverrai mon peuple dans l’Europe, bon gré mal gré ", nous confie-t’il.

Adhérer à l’Union : une tâche complexe

Pour adhérer à l’Union européenne il y a un cahier des charges assez strict. Il en va de même pour les neuf autres pays européens qui ont entamé les négociations d’adhésion. Il y a d’abord ce qu’on appelle l’Acquis communautaire qui représente un paquet de législations européennes que les futurs Etats membres doivent incorporer et appliquer en pratique. Les Etats candidats doivent aussi réformer leur administration et transformer leur économie en une économie libre de marché. Ils doivent également se conformer à toute une série de normes en matière environnementale.

De l’avis unanime des instances européennes, les pays baltes n’ont pas de gros problèmes à accepter cet Acquis communautaire. Bien que cette transposition ne soit pas très rapide, elle se fait sans trop de difficulté car ces Etats sont neufs et ont peu de structures étatiques. Cet effort est plus dur à réaliser pour un vieil Etat comme la Pologne. Le plus gros problème des Baltes semble être leur infrastructure administrative très faible. Cette administration manque d’expérience et n’a pas une vision globale des problèmes. En Lettonie et surtout en Lituanie, le secteur de la justice et des affaires intérieures souffrent du passé soviétique. Les importantes minorités russes (plus ou moins 30%) sont encore discriminées. De plus l’administration n’offre que des salaires très faibles. Les meilleurs éléments choisissent donc le privé. Il subsiste encore dans ces pays des problèmes agricoles et environnementaux. L’Estonie a été terriblement polluée par les Russes. La Lituanie, elle, a hérité d’une centrale nucléaire de type Tchernobyl, à Ignalina, que les Européens veulent absolument voir fermée. Dernier problème de taille : le réseau électrique. Tous ces pays, y compris la Pologne, sont sur le réseau russe. Par conséquent, ils dépendent exclusivement de l’énergie délivrée par l’Ours russe. Ce sont aussi les Russes qui détiennent les clefs de la centrale d’Ignalina ! Ces derniers détiennent ainsi une puissance de chantage énorme !

Mais chacun de ces Etats a la chance d’avoir un " parrain " de l’autre côté de la Baltique. L’Estonie, surtout, a toujours profité du cousinage de la Finlande. Ces deux pays parlent une langue finno-ougrienne. Déjà du temps de l’URSS, les Estoniens pouvaient capter la télévision finlandaise. Voilà dix ans, ils étaient déjà sensibilisés aux valeurs de la démocratie européenne. De même les Estoniens sont les plus avancés dans la restructuration de leur économie. " Par leur caractère, nous confie un observateur, ils sont plus orientés " résultat ", à l’inverse des Lettons et surtout des Lituaniens, davantage rêveurs et romantiques. "

A 27 en 2004 !

L’adhésion de ces pays devrait être effective en 2004. Mais pas nécessairement en ordre groupé. Guy Verhofstadt, le premier ministre belge en visite dans ces pays en préparation de la présidence belge à Verhofstadt_Tallin_copie.jpg (38900 octets)partir du 1er juillet, insistait sur le fait que " l’adhésion doit se faire sur base des résultats concrets de chaque pays ". Verhofstadt veut se faire l’avocat des petits pays. Il voudrait également les associer à la déclaration de Laeken qui, en décembre prochain, doit jeter les bases de la nouvelle conférence intergouvernementale chargée d’approfondir les réformes et de donner une nouvelle dimension à l’Europe. Les douze pays candidats qui ont entamé les négociations (c’est-à-dire sans la Turquie) pourraient être présents autour de la table aux côtés des Quinze.

Vincent Dudant

  Reportage publié dans Luxemburger Wort

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