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Pays baltes :
UN MARIAGE DE RAISON
LEstonie, la Lettonie et la Lituanie sont candidats à une adhésion
rapide à lUnion européenne et à
lOtan. Pourtant leurs curs balancent : fallait-il quitter une Union,
pour en intégrer une autre ? Aiguillonnés par leur peur de la Russie, ces pays,
dans leur marche vers la Communauté, ne rencontrent pas de gros problèmes. Mais quelle
vision ont-ils de l'Europe future ?
La vieille ville de Tallin
Avec ses bâtiments restaurés, ses nombreux clochers, ses façades baroques, la ville
de Riga (806.000 habitants), la capitale de la Lettonie, ne manque pas de charme. Il fait
bon dy flâner et de se perdre dans les ruelles de
la vieille ville. Latmosphère est principalement germanique. On pourrait se croire
dans les rues de Lübeck ou de Brême, tant le passé des chevaliers teutoniques et des
" barons baltes " a marqué le pays. Les armoiries de la ville
arborent dailleurs les clefs de la ville de Brême.
Retrouver son identité
Le visiteur occidental a peine à croire que voilà seulement 10 ans , il était ici en Union soviétique. Les rues, bordées de belles vitrines, sont propres et les grosses berlines nombreuses. On est à des années lumière du climat de Minsk, Kiev, voire Bucarest. Rien dans ce qui est apparent ne rappelle cinquante ans doccupation. Si ce nest le musée de " loccupation ", situé dans un immeuble hideux, qui veut surtout témoigner de la manière dont les communistes russes ont tenté de détruire lidentité lettonne, tout comme ils lont fait à lencontre des Lituaniens et des Estoniens. A Riga, à partir de 1945, les bâtiments les plus prestigieux ont systématiquement été " raplatis " ! " Il faut éradiquer la culture bourgeoise ", clamaient, à lépoque, les communistes. Depuis 1990, beaucoup de ces splendides demeures ont été reconstruites à lidentique. Voilà pourquoi les symboles nationaux sont partout présents dans les pays baltes. Tous ont leur oiseau national, leur fleur nationale, leur insecte, leur arbre et bien sûr leurs couleurs. En Estonie, le noir, le bleu et le blanc sont omniprésents. Voilà seulement 15 ans, le simple fait de porter une cravate avec ces trois couleurs, par exemple, était puni demprisonnement !
Sur le plan économique, à lire les bilans lettons, on serait tenté de devenir euphorique : croissance de 5,4% en 2000 ; taux de chômage de seulement 7,8% ; salaire moyen mensuel de 247 $ etc. Les pays baltes ne sont pas modestes sur ce quils estiment être leurs succès économiques. Officiellement tout va très bien, dautant quils leur faut aussi séduire les instances européennes pour gagner le plus vite possible leur ticket dadhésion à lUnion et de préférence avant les deux autres. Les trois pays baltes vivent une situation de concurrence vive. Ojars Kalnins, le directeur de lInstitut letton nous le disait : " nous sommes très différents les uns des autres et nous pensons être meilleurs que les autres. "
Une réalité moins gaie
Vaira est infirmière à lhôpital principal de Riga. Elle gagne 100 $ par
mois ! Loin du prétendu salaire moyen mensuel. Andris, son mari, gagne, lui, 95 $
comme instituteur. Comme le couple a deux jeunes enfants, il leur est devenu impossible de
vivre en ville avec un revenu global de moins de 200 $. Il leur en faudrait le double
pour survivre, le triple pour être un peu à laise! Voilà pourquoi, Vaira
et Andris
déménagent, à linstar de beaucoup
de leurs concitoyens, ils quittent Riga pour sinstaller à la campagne. Ils ont là
une cabane en bois, ce qui est courant chez les Baltes, ruraux par excellence. Ils vont la
remettre en état ; se chaufferont avec le bois quil suffit de ramasser; se
laveront à leau de pluie ; se nourriront de leurs choux et de leurs pommes de
terre. Ils acquerront aussi un cochon et deux poules.
Vaira et Andris sont unanimes : la vie était plus facile du temps de lURSS. Malgré cela personne ne regrette cette époque, à lexception de quelques vieux nostalgiques qui arborent encore des portraits de Staline. " Aujourdhui, disent Vaira et Andris, notre vie nous appartient. Cela vaut quelques sacrifices, non ! "
Entre cur et raison
Pour Andris et Vaira, ladhésion de la Lettonie à lUnion européenne nest pas une grosse préoccupation. Certes ils espèrent une amélioration de leur condition de vie mais ils craignent dabord une augmentation des prix. Beaucoup de leurs amis se demandent si après avoir dépendu de Moscou, ils vont maintenant devoir dépendre de Bruxelles, alors quils viennent juste de retrouver leur souveraineté ! " A quoi bon dit un ancien ministre letton, sêtre libéré dune Union pour en retrouver une autre ? "
" La population lettonne, nous confie un représentant de la Commission européenne qui préfère ne pas être cité, nest pas encore très sensibilisée et consciente de ce que lUnion européenne peut offrir. Ladhésion à lOtan est beaucoup plus simple pour eux. Ils ont peur des Russes, alors ils veulent lOtan. Mais si on leur dit : écoutez lUnion européenne donne une garantie de sécurité plus généralisée, et non pas seulement militaire parce que vous êtes intégrés dans la grande famille européenne, cest plus complexe à expliquer. Je pense que les autorités de ces pays devraient faire plus defforts pour convaincre leur population. "
" En réalité, nous confie un haut responsable
de la Commission européenne chargé de lélargissement (qui préfère aussi garder
lanonymat), les Baltes demandent un ancrage politique à lOuest qui ne soit
pas trop contraignant. Cela aurait pu se faire avec les Etats Unis. Mais les Américains
ne paient pas et naident pas non plus à remettre les choses en place. En 1989, les
Américains ont dit aux Européens : " cest votre zone, faites le
nécessaire ". Il ny avait pas dautres solutions que de les
accepter. Puis, nous avons une dette morale envers eux : nous les avons abandonnés
à plusieurs reprises ! "
Les sentiments européens de la population dépendent souvent de lengagement de leur dirigeant. Ainsi Lennart Meri, le président estonien, intellectuel dissident qui a connu la déportation du temps de lURSS, veut arrimer coûte que coûte son pays à lUnion le plus rapidement possible : " jenverrai mon peuple dans lEurope, bon gré mal gré ", nous confie-til.
Adhérer à lUnion : une tâche complexe
Pour adhérer à lUnion européenne il y a un cahier des charges assez strict. Il en va de même pour les neuf autres pays européens qui ont entamé les négociations dadhésion. Il y a dabord ce quon appelle lAcquis communautaire qui représente un paquet de législations européennes que les futurs Etats membres doivent incorporer et appliquer en pratique. Les Etats candidats doivent aussi réformer leur administration et transformer leur économie en une économie libre de marché. Ils doivent également se conformer à toute une série de normes en matière environnementale.
De lavis unanime des instances européennes, les pays baltes nont pas de gros problèmes à accepter cet Acquis communautaire. Bien que cette transposition ne soit pas très rapide, elle se fait sans trop de difficulté car ces Etats sont neufs et ont peu de structures étatiques. Cet effort est plus dur à réaliser pour un vieil Etat comme la Pologne. Le plus gros problème des Baltes semble être leur infrastructure administrative très faible. Cette administration manque dexpérience et na pas une vision globale des problèmes. En Lettonie et surtout en Lituanie, le secteur de la justice et des affaires intérieures souffrent du passé soviétique. Les importantes minorités russes (plus ou moins 30%) sont encore discriminées. De plus ladministration noffre que des salaires très faibles. Les meilleurs éléments choisissent donc le privé. Il subsiste encore dans ces pays des problèmes agricoles et environnementaux. LEstonie a été terriblement polluée par les Russes. La Lituanie, elle, a hérité dune centrale nucléaire de type Tchernobyl, à Ignalina, que les Européens veulent absolument voir fermée. Dernier problème de taille : le réseau électrique. Tous ces pays, y compris la Pologne, sont sur le réseau russe. Par conséquent, ils dépendent exclusivement de lénergie délivrée par lOurs russe. Ce sont aussi les Russes qui détiennent les clefs de la centrale dIgnalina ! Ces derniers détiennent ainsi une puissance de chantage énorme !
Mais chacun de ces Etats a la chance davoir un " parrain " de lautre côté de la Baltique. LEstonie, surtout, a toujours profité du cousinage de la Finlande. Ces deux pays parlent une langue finno-ougrienne. Déjà du temps de lURSS, les Estoniens pouvaient capter la télévision finlandaise. Voilà dix ans, ils étaient déjà sensibilisés aux valeurs de la démocratie européenne. De même les Estoniens sont les plus avancés dans la restructuration de leur économie. " Par leur caractère, nous confie un observateur, ils sont plus orientés " résultat ", à linverse des Lettons et surtout des Lituaniens, davantage rêveurs et romantiques. "
A 27 en 2004 !
Ladhésion de ces pays devrait être effective en 2004. Mais pas nécessairement
en ordre groupé. Guy Verhofstadt, le premier ministre belge en visite dans ces pays en
préparation de la présidence belge à
partir du 1er juillet, insistait sur le fait que
" ladhésion doit se faire sur base des résultats concrets de chaque
pays ". Verhofstadt veut se faire lavocat des petits pays. Il voudrait
également les associer à la déclaration de Laeken qui, en décembre prochain, doit
jeter les bases de la nouvelle conférence intergouvernementale chargée
dapprofondir les réformes et de donner une nouvelle dimension à lEurope. Les
douze pays candidats qui ont entamé les négociations (cest-à-dire sans la
Turquie) pourraient être présents autour de la table aux côtés des Quinze.
Vincent Dudant
Reportage publié dans Luxemburger Wort
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