|
VOYAGE AU PAYS DE " LECONOMIE DE MARCHE
SOCIALISTE ".
QUE RESTE-TIL DE MAO ?
![]() |
VIVRE EN CHINE AUJOURD'HUI |
Chen Gang est un chauffeur de taxi, et nous lavons suivi dans les rues de Pékin au moment des célébrations du 50ème anniversaire du régime communiste.
Comme tous les matins, Chen Gang se rend au parc Rytan (le parc du Soleil). Laube se lève et il fait déjà froid en ce début octobre. Comme des millions de Chinois, il pratique le Tai Ji Quan. Ce sont des exercices très lents qui permettent dharmoniser le corps et lesprit. Chen en a bien besoin de cet équilibre pour habiter Pékin qui compte parmi les dix villes les plus polluées au monde. Le nombre de voitures a explosé ainsi que les grands chantiers. Aussi parce que la ville paie le prix des aberrations du modèle agricole que Mao avait conçu et qui consistait à tout dénuder pour cultiver plus facilement. Ce qui a fait disparaître toutes les barrières de protection contre les sables de Mongolie soufflés par les tempêtes.
Très bientôt Chen va rejoindre sa petite " Xia Li " fabriquée à Tien jin sous licence japonaise, en espérant davantage de clients que les deux semaines précédentes parce que, pendant les célébrations, les autorités avaient interdit aux provinciaux de se rendre dans la ville. Redoutant un attentat, tout particulièrement de la part des Ouïgours, une minorité musulmane de lOuest, ou un quelconque incident, le gouvernement avait adopté les grands moyens. Dune part on avait nettoyé la ville de ses prostituées, mendiants et débiles mentaux, puis on avait instauré un cordon sanitaire autour de la ville afin que rien et personne ne viennent gâter le spectacle.
La fête, Chen Gang la vécue devant son poste de télévision, comme tous les Chinois. Les célébrations se sont déroulées à huis clos. Chen na pas été dupe. Ce fut un immense show télévisé réalisé par les communistes pour impressionner leurs compatriotes et le monde sur leurs réalisations. Et aussi pour saffirmer comme puissance militaire. Malgré sa frustration, Chen sest laissé envahir par un sentiment de fierté. Décidément son pays ne ressemblait plus du tout à ce quil était il y a 20 ans. Dabord parce que le pouvoir dachat moyen a été multiplié par 16 ! Cependant Chen na aucune sympathie pour le Parti communiste qui a réaffirmé vouloir continuer à tout diriger et tout contrôler en Chine. Et puis il se demande, alors quil lit et entend partout des slogans à la gloire du parti du genre, "longue vie au Marxisme-Leninisme, aux Pensées de Mao Zedong et a la Theorie de Deng Xiaoping." ce quil reste des idéaux de Mao ? De même larticle un de la nouvelle constitution stipule que " la République populaire de Chine est un Etat socialiste soumis à la dictature démocratique du peuple, conduite par la classe ouvrière et fondée sur lalliance des ouvriers et des paysans ".
Or, à lévidence, la Chine est devenue un pays de contrastes. Les écarts sont énormes entre riches et pauvres, les villes et les campagnes, et lEst et lOuest du pays ! De plus en démantelant les entreprises publiques qui assuraient via lunité de travail de chaque ouvrier, la prise en charge des besoins sociaux comme la pension, lécole, les soins de santé, beaucoup de travailleurs licenciés se retrouvent à la rue sans indemnité.
Chen sait de quoi il parle. Voila deux ans, il a été lun des premiers a faire les frais de la campagne de restructuration dans limmense complexe sidérurgique "Shougang" de Pékin. Il a été licencié sans indemnité. Il y a trois ans, ce vaste combinat comptait près de 100.000 ouvriers. Il en reste 20.000 aujourdhui.
Durant une année Chen en a fait des cauchemars. Zhu Rongji, le Premier ministre surnommé " le tsar de léconomie " avait dit aux gens qui perdaient leur travail : " à vous de trouver un moyen pour vous nourrir. " Puis Chen a pu se recycler comme chauffeur de taxi avec laide financière de son père, un paysan qui sétait relativement enrichi grâce aux reformes de Deng Xiaoping. Mais le père navait pas les relations, indispensables en affaires et Chen navait pu se mettre a son compte.
Lassainissement des entreprises dEtat est le fantastique défi actuel de la Chine. Le secteur public qui représente encore 85% des entreprises emploie environ 80 millions de citadins. 20 millions de personnes ont déjà perdu leur travail et le mouvement va saccélérer. Une grande partie de ces entreprises fonctionne mal pour une raison simple : elles continuent à fabriquer des produits trop chers dont plus personne ne veut. Avec lélévation du pouvoir dachat les Chinois ne veulent plus acheter, par exemple des téléviseurs noir et blanc ou des produits de mauvaises qualités. Or le Plan continue à imposer à ces entreprises des quotas de production sans tenir compte du marché !
Cette restructuration associée avec langoisse du citoyen de perdre son boulot provoque à la fois un vaste mécontentement dans la population et aussi ce quon appelle en économie une large déflation ! Il y a maintenant en Chine plus de vendeurs que dacheteurs. Et les mécontents sont justement ces ouvriers qui traditionnellement forment le meilleur soutien du Parti communiste. Voilà pourquoi la première priorité du régime chinois est dassurer aujourdhui la " stabilité " ainsi que la souligné tout récemment Jürgen Kracht le patron de Fiducia Hong Kong.
Dhabitude, Chen na pas beaucoup le temps de réfléchir à ces considérations. Ses journées sont bien trop longues. Cest le prix à payer sil veut concrétiser son rêve : se marier, fonder un foyer et acheter son appartement ! En travaillant 12 à 15 heures par jour, ce qui est assez normal en Chine, il peut gagner 3.000 Yuans par jour (plus ou moins 14.000 FB) ce qui est un salaire triple de celui dun petit fonctionnaire.
Dans la soirée, Chen prendra comme client, un " dakuan ", ce qui veut dire un riche homme daffaire. Il lavait chargé devant lhôtel " Palais de la richesse éternelle ". Il était accompagné de sa " petite secrétaire ". Chen nest pas jaloux. Il respecte ce genre dhomme qui a fait lui-même son argent à linverse des trop nombreux fonctionnaires devenus riches parce quils manipulent des budgets, des " facturés " comme on les appelle ici avec mépris. Le " dakuan " se fit déposer dans une boîte de nuit à la mode du 3ème périphérique. Chen se rappela le dicton à la mode de la nouvelle culture politique chinoise : le matin, les roues (de la voiture) tournent ; le midi, les assiettes tournent ; et le soir cest la jupe qui tourne.
Chen Gang décide que le lendemain il irait au temple du Lama brûler un peu dencens pour se souhaiter autant de succès. Il nétait pas tibétain, juste un peu bouddhiste, taoïste, confucianiste Il ne sait pas très bien au juste. Mais son désir est sincère.
Vincent Dudant à Pékin
Pour toute question ou remarque
concernant ce site Web, envoyez un email à
vincent.dudant@skynet.be
Copyright © 2000 Vincent DUDANT : Toute reproduction, adaptation, représentation,
partielle ou totale du
contenu de ce site est strictement interdite.