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Loin du fracas du monde, une aventure grandeur nature
vécue au Tibet et au Népal à loccasion du Raid Gauloises.
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PRES
DU SOUFFLE DES DIEUX |
| Le Raid Gauloises se vit en équipe de cinq personnes dont au moins une femme, sans aucun moyen motorisé. Lobjectif : rallier à cinq larrivée. | ![]() |
Janakpur,
45 degrés, pas un souffle de vent. Pourtant le parvis du temple de Janaki, dédié à
Sita lépouse de Rama, vibre dune activité intense et inhabituelle. Ici se
trouve la ligne darrivée du 10ème Raid Gauloises. Partis des hauts
plateaux Tibétains, les concurrents, venus des cinq continents et répartis en 69
équipes de cinq personnes, auront parcouru 827 km, à pied, à cheval, en mountain bike,
en raft et en kayak avant de la franchir. Ce jour là on attend la dernière des équipes
rescapées : Lexmark, des Belges. Quatre jours déjà que les vainqueurs, des
Finlandais, avaient passé la ligne. Les voilà ! Namasté, namasté (bienvenue)
crie la foule. Ils
arrivent, en nage, fatigués, émus. Ils sembrassent ; ils pleurent ; ils
rient. Il y a là François Gillain, le capitaine, ingénieur de profession, Alexandre
Dandois, un employé de chez Lexmark, la firme qui sponsorise léquipe, Torielle
Perreur Lloyd, une
expert comptable travaillant à Luxembourg
et un Français, François Levis, dont léquipe avait abandonné et qui avait
préféré continuer avec Lexmark plutôt que de jeter léponge. Ils ont réalisé
une partie de leur rêve : terminer un raid. Hélas pour Lexmark, ils ne sont plus
que trois. Ils ne seront donc pas classés. Mais quimporte, ils sont arrivés voilà
tout. Tous ont souffert. Mais laventure partout était au rendez-vous. Ils auront
rencontré le gel, la pluie, les affres de la haute
altitude, la touffeur de la plaine indienne, les moustiques et des
paysages somptueux. Mais surtout ils auront vécu cette merveilleuse alchimie faite de
dépassement de soi, de solidarité et de sincérité qui transforme les curs les
plus endurcis et qui permet daffronter la vie de tous les jours autrement.
Neuf jours plus tôt
Le vent sest remis à souffler avec plus de violence encore
sur ce désert de cailloux que forment les hauts plateaux tibétains. Un vent de face qui
oblige Torielle et ses deux équipiers rescapés à se tenir debout sur leur mountain
bike. Malgré des gants polaires leurs doigts sont gelés. La température avoisine les
moins 5°. A laltitude où ils se trouvent, 4350 mètres, tout individu perd environ
30% de sa capacité physique. Ils sont exténués et la nuit tombe. Une nuit sans lune.
Ils
se rendent compte quils ne pourront plus atteindre
le point de rendez-vous avec leur assistance. Ils décident de bivouaquer. " Ce
fut la nuit la plus terrible de ma vie ", dira Torielle. Ils nont pas
dautres vêtements que ceux quils portent sur le dos. Leau a gelé dans
les gourdes. Ils nont dautre issue que de sabriter sous un chorten
(petit sanctuaire de pierre tibétain) et de se blottir les uns contre les autres avec,
sur leur tête, lunique couverture de survie. Ils luttent tant bien que mal contre
lendormissement qui pourrait être fatal. La température descend cette nuit là à
moins 12° ! Et Torielle revoit le film des derniers événements et des motivations
qui lont amenée sur ce raid.
La
veille, soit le premier jour de course, elle était en pleurs. " Cest moi
qui apporte la malchance à léquipe, ne cessait-telle de répéter en
regardant son coéquipier Christophe écroulé, atteint à son tour du Mal aigu des
Montagnes. Torielle avait participé au précédent Raid Gauloises, en Equateur. Dans son
équipe, il y avait eu deux abandons.
Dès
le départ les choses ont coincé. Peter Delvaux, 9 fois champion de Belgique de kayak
vient tout juste de sélancer joyeusement avec léquipe que les premiers
symptômes du Mal des Montagnes se font sentir. Demblée il se sent vidé, privé
dénergie. Puis, les
lancinants maux de tête
deviennent insupportables. Contrôlé par léquipe médicale, il est réoxygéné
durgence. Cest labandon pour lui. De ce fait, parce que le règlement de
lépreuve impose aux équipes de terminer à cinq, léquipe ne pourra plus
être classée. Privés de leur spécialiste en eaux vives, les quatre rescapés
continuent. Pas pour longtemps, Christophe Leclef, le grand fort de léquipe, est
atteint à son tour des mêmes symptômes. Le voilà lui aussi contraint à
labandon. Il nest pas le seul. Ce jour là on assiste à une véritable
épidémie. Malgré un programme dacclimatation de 5 jours à la haute altitude,
dont deux nuits à plus de 4000 mètres, des dizaines de concurrents ont souffert de
ce mal aujourdhui bien connu. Plusieurs
équipes sont décimées dès la première journée de course. Sans doute aussi parce que
trop nombreuses furent celles qui prirent un départ en trombe, en oubliant que cette
course doit dabord se gérer avec intelligence.
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Le mal aigu des montagnes nest ni une malédiction ni une tare. Ce nest que le signe dune adaptation incomplète à laltitude et au manque doxygène. Il peut intervenir chez nimporte qui quelle que soit sa condition physique. Les signes les plus souvent observés sont des maux de tête, des nausées, des vomissements, une fatigue intense ou des insomnies. Un sujet sur 100 est susceptible de développer des complications graves (dème pulmonaire et dème cérébral). |
Pendant cette nuit glaciale, Torielle sinterroge aussi sur ses
motivations dans ce raid, elle qui vit
dans le cocon aseptisé de la Cour
des Comptes européennes. Pourquoi vient-elle souffrir dans cette aventure ?
" Dans ma famille on me dit quune femme nest pas constituée pour ce
genre dépreuves " nous confiera-telle. Certes, Torielle nest
pas une sportive de haut niveau. Mais elle veut prouver, quavec de la volonté, de
lendurance et ses qualités propres, elle a parfaitement sa place dans une équipe
dhommes tout en gardant sa féminité. " Dans un raid, on ne sait pas
tricher, ni sur soi-même, ni avec les autres. Ensuite on a le sentiment de sêtre
davantage trouvé soi." Beaucoup de concurrents saccordent à dire quils
vivent ici une expérience unique que seuls laspect compétition du raid et la
solidarité obligatoire entre équipiers permettent. "
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A laube les trois rescapés sortent de leur torpeur,
réchauffés par quelques rayons ardents et les cris denfants tibétains qui veulent
leur faire des niches. La beauté majestueuse du paysage et la vue imprenable sur
lEverest est un baume pour le cur. Plus question dabandonner. Par
respect pour ceux qui ont eu moins de chances, pour les sponsors qui ont permis de boucler
le budget dune telle expédition et pour les douze mois de préparation à
lépreuve.
Avec entrain, et même privés de leur deux locomotives, ils
continueront soudés jusquau bout. François ne perdra jamais le Nord avec son GPS
(un instrument dorientation électronique) et les qualités polyvalentes
dAlexandre savèreront précieuses.
Vincent Dudant
Ce reportage a été publié dans le Soir illustré (Bruxelles) et dans Paris Match Belgique.